Par chance, nous ne produisons pas un volume qui nous mette réellement en difficulté s'ils ne sont pas vendus. Mais cela nous amène à nous questionner sur l'intérêt de la chose.

Nous ne sommes pas opposés de brader des chevaux qui ne nous semblent pas présenter de réelles aptitudes pour le concours. Ce fut le cas de Kabyla du Gesvres, qui pourtant se révéla une bonne jument d'amateur.

En revanche, nous nous interrogeons sur la charge économique qui pèse sur l'éleveur, qui n'a d'autre choix, s'il veut vendre ses chevaux, que de les exploiter lui-même ou de les faire exploiter.

La première solution suppose de mettre en oeuvre des moyens supplémentaires, et du temps, dont tout éleveur ne dispose pas, sans oublier qu'il faut quand même un minimum de savoir faire pour boucler une saison correcte de cycle classique.

La seconde, est de confier ce cheval à l'exploitation à un cavalier professionnel. Avec un peu de chance, le cheval sera vendu en fin d'année, mais rien n'est moins sûr. Cela coûte (dans la région) environ 600 € par mois minimum. le coût peut être diminué si l'on fait confiance à un très jeune cavalier, mais cela augmente aussi le risque que le parcours du cheval ne soit pas linéaire.

Or, même dans cette seconde solution, c'est l'éleveur seul qui supporte la charge financière et le risque inhérent à la formation du cheval.

Pour qu'un cheval, comme HUGO du FOUR, 13 ème au Mondial du Lion 2002, soit vendu net vendeur 30.000 €, il en a coûté environ autant au propriétaire, de l'achat du poulain à 18 mois à sa vente à 8 ans. Les service fiscaux considèrent d'ailleurs qu'il n'y a pas de plus value sur cette somme.

Pour qu'un cheval, même moyen (et on en voit sous la selle de grands cavaliers en CCE), sorte du lot, il ne faut pas compter son investissement. C'est du bonheur, mais ce n'est absolument pas rentable.

Parfois, il y a des coups de chance, mais c'est rare, et on ne peut pas vivre tout le temps en rêvant "du jour où".

Dés lors, l'élevage amateur à petite échelle n'a pas d'avenir selon moi si rien ne change au regard du prix des chevaux, des conditions de vente et de la transparence du marché.

Toute la filière est sinistrée. Les éleveurs ne vendent pas, mais les cavaliers rament également. Aujourd'hui, ils ne prendront pas de risque et en tout cas seront frileux sur la signature de contrats d'exploitation tous frais tous gains en dehors des chevaux dits d'exception...et encore pour ceux-là, ce n'est pas gagné de glaner un tel contrat.

Il est inadmissible aujourd'hui qu'un éleveur, qui a apporté tous les soins nécessaires à un cheval, ne puisse le vendre s'il est moyen, à un prix plancher en dessous duquel le cheval est vendu à perte. Un cheval bien nourri, vacciné, vermifugé, manipulé, dressé pour un amateur, qui monte dans les vans...sans être exceptionnel mais avec lequel l'acheteur se fera plaisir, ne devrait pas être vendu en dessous de son prix de revient.

Tant que ces chevaux "de base" seront presque donnés, il ne sera pas possible de fixer des prix décents pour les autres, ceux qui sont bons, sans être des chevaux de CSIO ou de CCI**** .

On ne cesse de reprocher aux éleveurs français de produire de la merde. Je n'ai même pas envie de tomber dans la polémique. Les français ont l'habitude de se tirer une balle dans le pied ce qui fait bien sûr la joie des concurrents d'Outre Rhin. Je sais que les éleveurs français continuent à produire de bons chevaux. Seulement notre élevage est en pleine mutation. Nous somme tellement obsédés par la reconnaissance que nous ne regardons que le haut niveau. On a l'impression qu'entre les chevaux bradés et le très haut niveau, il n'y a pas de marché. Pourtant, il y a bien des gens qui achètent des chevaux pour sortir (et gagner) en AM 3 et 4 et en Pro 2, pour sortie en CIC* et **. Il me semble même que c'est l'essentiel du marché du cheval. Or, pour cela, il faut un bon cheval. C'est pas forcément un cheval qui saute au dessus des chandeliers, mais un cheval franc, respectueux, énergique, adapté à son utilisation. Or, pour ce genre de cheval, personne ne veut payer, donc les cavaliers ne vont pas s'embêter à les former sans que l'éleveur en assume seul le risque financier.

En conclusion, aujourd'hui, faute d'être équipés d'une carrière, le coût de l'exploitation est trop important et nous avons décidé de mettre Nadir au pré parce qu'il est plus avancé dans le travail et qu'il est destiné à rester le cheval de la famille, pour valoriser Pandora par nos propres moyens, en cycle libre CSO pour commencer. L'avenir nous dira si elle restera à la maison où si elle sera vendue.