mardi 30 décembre 2008
Meilleurs voeux 2009
Par Karine Jacquet Sano, mardi 30 décembre 2008 à 14:26 :: Actualites
La veille de la nouvelle année est toujours l'occasion de faire un bilan, et le bilan de l'année 2008 côté équestre pourrait être morose si nous n'en avions tiré quelques enseignements.
En effet, forts de l'extraordinaire aventure que nos avions connue avec Hugo, nous nous sommes lancés dans une petite activité d'élevage de chevaux à orientation CCE.
Les acheteurs ne sont pas au rendez-vous, ou quand ils le sont, ne savent jamais vous rappeler pour vous dire que le cheval ne convient pas, et surtout (ce qui serait précieux pour progresser) pourquoi il ne convient pas.
Les professionnels ne sont pas non plus au rendez-vous.
Bon, il faut dire qu'on n'élève pas non plus des champions du monde, mais de gentils et jolis chevaux d'amateurs...C'est à dire des chevaux pour nous.
Il ne faut pas se leurrer. Hugo du Four était de ces chevaux-là. Quand nous l'avons acheté à un an, nous avons été la risée des professionnels. Quand nous avons pensé qu'il pourrait faire le Lion, beaucoup ont également ri. La préparation d'un cheval ordinaire comme Hugo a été de chaque instant, de l'achat à la vente. C'est toute l'attention, un vrai travail d'équipe, qui fait qu'un cheval ordinaire peut sortir du lot. Inversement, un cheval en apparence extraordinaire peut ne jamais percer si tous les facteurs favorables ne sont pas réunis.
La réussite d'un cheval implique une relation propriétaire/cavalier ou éleveur-propriétaire/cavalier qui va au delà d'une simple relation d'argent. Hildago de l'Ile, cheval on ne peut plus ordinaire au départ, en est un exemple flagrant. Nicolas Touzaint explique que si c'était à refaire, il ne formerait pas un cheval comme Hildago. Mais Hildago avait une chose que n'ont pas tous les chevaux d'apparence extraordinaires: il avait le mental et le physique d'un guerrier, comme Hugo en compagnie duquel il concourrait en 6 et 7 ans.
Elever des gravures avec des allures sublimes, c'est bien. Elever des chevaux qui sautent au dessus des chandeliers en liberté, c'est bien. Mais élever un vrai cheval de concours, c'est à dire celui qui ne va pas casser à la moindre occasion, qui n'est pas abonné aux vétos, celui qui a toujours envie d'aller au bout, celui qui monte et descend des vans et camion sans faire perdre du temps à tout le monde le matin de partir en concours, celui qui garde l'attache calmement pendant des heures et qui ne s'acharne pas sur son box démontable, celui qui donne les pieds et ne mord pas, celui qui court deux étoiles le dimanche et va promener maman en forêt calmement dans la semaine, celui sur lequel on pose le petit cousin en vacances et qui est aux prix tous les dimanches... c'est mieux.
Le cheval, le vrai, ce n'est pas forcément cette belle image pour laquelle on va flasher sur un magasine ou chez un marchand, c'est celui avec lequel on va construire. Et si la base est solide, on ira forcément toujours plus loin. Bien sûr, pour ça il faut aussi avoir envie de travailler un peu, de monter mieux, et d'être autant exigeant avec soi-même qu'avec sa monture.
Dans le contexte équestre actuel en France, où chacun pense pouvoir acquérir un cheval d'exception pour 3.000,00 €, il existe un tas de bons chevaux invendus, qui sont loin d'être parfaits, qui ont certainement des défauts, mais qui avec du travail et de la persévérance, peuvent s'avérer des outils dépassant toutes les prévisions.
Or, il convient de rappeler à nos amis cavaliers (amateurs et professionnels) pour lesquels les chevaux sont élevés que la majorité des équitants ne dépasse pas l'ancien niveau D, voire C ou ** en CCE. Il est vrai que le niveau est parfois consternant et qu'il faut des boites automatiques pour ceux qui ne savent pas passer les vitesses. Nous avons eu quelques acheteurs cette année qui nous ont fait tellement peur à cheval que nous avons souhaité très fort qu'ils ne nous rappellent pas!
Après avoir reconsidéré notre politique d'élevage, il est clair que pour l'avenir, pour nous et pour nos enfants, nous souhaitons produire des chevaux d'amateurs, jolis, gentils, pratiques, respectueux, pas trop grands...en réintroduisant la notion de plaisir.
La route vers le haut niveau est trop longue et trop coûteuse pour que cela puisse être une fin en soi pour des éleveurs amateurs. Le bon cheval d'amateur ne doit pas être le déchet de l'élevage pour le haut niveau. Je ne souscris plus à la formule selon laquelle il faut tendre au haut niveau d'abord, et que si le cheval ne répond pas à cette attente, il faut le recycler sur le circuit amateur. La plupart du temps, ce cheval né pour le haut niveau n'est absolument pas adapté à l'amateur (taille, influx, action...).
Alors pour vous souhaiter une bonne année 2009, une photo de celle qui selon nous représente le cheval d'amateur par excellence: Tara du Gesvres!